L’homme qui en savait trop : Un suspense hitchcockien à Marrakech

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En 1955, Alfred Hitchcock, meilleur réalisateur britannique, se rendit à Marrakech afin de tourner le film cultissime «L’homme qui en savait trop». A cet effet, Paramount Pictures avait obtenu la licence de production du Pacha Thami El Glaoui, qui fit découvrir la ville à l’équipe.

Maître du suspense au cinéma, le réalisateur britannique Alfred Hitchcock s’était rendu à Marrakech en 1955 pour les besoins du tournage du remake de son propre film, «L’homme qui en savait trop». Le thriller réalisé et produit par Hitchcock racontait l’histoire d’une famille française en vacances au Maroc. Plus précisément, cet opus mit en images le vécu d’un agent secret éliminé dans les rues de Marrakech, dans sa tentative d’empêcher l’assassinat du Premier ministre britannique.

Dans la ville, la production «se déroula du 13 au 23 mai 1955», comme l’expliquait le spécialiste canadien en cinéma, Murray Pomerance, dans son livre «Alfred Hitchcock’s America» (L’Amérique d’Alfred Hitchcock, John Wiley & Sons, 12 avril 2013). Avec James Stewart et Doris Day en tête d’affiche, le film fut une occasion en or pour le cinéaste d’adapter ses intrigues époustouflantes à l’étonnante atmosphère qu’il découvrait dans le royaume. Il fut projeté le 29 avril 1956 lors du Festival de Cannes.

Obtenir la permission de Thami El Glaoui

Avant que Hitchcock ne posât pied au Maroc, la société Paramount Pictures devait s’assurer que toute la logistique du tournage était ficelée, à commencer par les autorisations de tournage. Selon le livre de Murray Pomerance, «Edouard de Segonzac, directeur général du bureau parisien de Paramount, obtint cette permission d’El Glaoui». Les procédures furent rapides, grâce à l’amitié liant l’oncle de Segonzac et El Glaoui qui fut derrière la facilitation de plusieurs procédés administratif.

Une séquence du film de Hitchcock tournée à Marrakech

Une séquence du film de Hitchcock tournée à Marrakech

Ainsi, l’équipe de Hitchcock reçut une confirmation du Pacha le 25 avril de la même année. L’autorisation permettait ainsi de prendre en image des habitants locaux, tout en prévoyant l’embauche des figurants payés de «trois à cinq cents francs par jour». Mais les termes de cette autorisation de tournage incluaient une clause contraignante pour Alfred Hitchcock : le tournage devait «prendre fin avant le début du Ramadan», rappela l’auteur canadien.

Selon lui, les conséquences d’une telle consigne se traduisit en «un fiasco au cours des préparatifs, car elle impliquait que le scénario des scènes marocaines soit achevé en un temps record».

La médina de Marrakech en toile de fond

Obtenir une autorisation de tournage d’El Glaoui ne signifia pas que tout pouvait se passer comme prévu. «Pendant que des soldats armés étaient sur les toits et surplombaient le souk», afin d’assurer le bon déroulement du tournage, la foule devint brusquement «hostile» et «il fut conseillé aux réalisateurs de suspendre le tournage et de ne plus montrer leurs caméras», rappela encore Pomerance.

A Marrakech, Alfred Hitchcock fit son repérage et choisit plusieurs zones de la médina comme pour tourner les séquences de son film. Selon la plateforme Cultural Trip, le réalisateur «inaugura son opus avec une scène de bus entrant vers Bab Doukkala, monument historique de la ville de Marrakech». Ensuite, il montra «le même bus passer par Bab El Khemis, un marché aux puces très vivant et riche de ses bazars».

Séquence du film d'Alfred Hitchcock

Séquence du film d’Alfred Hitchcock

Dans le film, la famille française logea dans le luxurieux hôtel de La Mamounia, celui-là même où le Premier ministre britannique Winston Churchill séjourna après la Conférence d’Anfa, qui s’était tenue du 14 au 24 janvier 1943. Alfred Hitchcock filma également la place Jemaa el-Fnaa pour l’utiliser en toile de fond.

Le Maroc, les Etats-Unis et Hitchcock

Les critiques furent positives autour de «L’homme qui en savait trop», qui remporta l’Academy Award de la meilleure chanson originale pour une chanson chantée par le protagoniste du film. Mais pour le critique Brian Edwards, le choix du Maroc comme lieu de tournage du film hollywoodien n’était pas fortuit.

Dans son livre «Morocco Bound : Disorienting America’s Maghreb, from Casablanca to the Marrakech Express» (Duke University Press, 7 octobre 2005), Edwards explique que «le Maroc était au milieu de ses troubles révolutionnaires» lorsque le film a été tourné sur place. Selon lui, ce passage par le Maroc permit de mettre en avant des aspects sombres du cinéma d’Hitchcock, dont «le racisme, la puissance montante des Etats-Unis», ainsi qu’un regard dégradant porté sur «les peuples indigènes».